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J'ai vraiment aimé ce film. Un vrai document, un grand film, l'histoire dans l'Histoire, une bande son très travaillé, un grand objet artistique et historique sur la Tchétchénie.

Françoise Torgue

 

D'une beauté saisissante, ce film fait immédiatement appel à notre humanité, à la co-passion. Les rivières de sang n'y coulent pas, mais le désespoir profond se lit dans les yeux aveuglés d'un vieil homme. Pourtant, ce film, c'est la dignité d'un peuple, la Vie et l'espoir qui s'en va en dernier.

Oléna Gorovenko

 

En voyant le film, j'avais l'impression de me trouver aux côtés des personnes filmées, de les entendre me parler. Ce film est un chef-d'oeuvre.

Bekkhan Islamov

 

Je me suis sentie à la fois destinataire et participante quant au regard posé sur la vie en cette terre d'Itchkérie.

La caméra qui cherche à l'horizontal, au sol, dans la boue, rend les lisières obscures - on ne sait pas où sont les frontières; cela me concerne aussi, je cherche les miennes, mes repères, dans ma mémoire et quasi physiquement.

Nous sommes sans cesse transportés et chaque endroit devient singulier, là où vivent des personnes inconnues mais vite familières et uniques, vivantes, trés vivantes, comment font ces gens pour être là ? sur-vie, la présence qui ne cale pas au plus fort de la menace et du malheur.

J'ai vu aussi ce mouvement vertical, entre ciel et terre, et jusqu'au sous-sol, là où presque rien ne peut plus se voir mais seulement s'entendre : ce qui se passe dans la cave, entre la lumière et le son, reste image - on devine des fragments, des visages se détachent, isolés - comme si il n'y avait pas encore assez de pénombre pour recueillir des sentiments qu'il ne faut probablement pas oser qualifier davantage afin de les protéger encore un peu de la menace, ou d'autre chose.

On cherche avec les femmes un passage vers l'extérieur - la trace de l'éclair - quelque chose qui ait lieu, et qui pourrait être qualifié de bon ou de mauvais, selon les liens qui les unissent et que l'on suppose nous unir nous-même au dehors, les combattants...

Les voix à l'intérieur, les cliquetis de débris de chutes, tous ces sons émis au bord, à la limite entre dehors et dedans, à la limite de l'audible et du compréhensible et aussi du traduisible.

Il y a cette échelle, comment ne pas penser à la lutte de Jacob avec l'ange, corps à corps dans la nuit, lutte avec un inconnu, et la "ruse" extraordinaire de cette jeune fille qui "consolide" la porte; les paroles échangées dans cette scène entretiennent notre regard aveugle, rendent la situation plus que réelle. On cherche des issues, il y en a encore, c'est toujours ouvert, pourtant la menace ne cesse pas.

Ces affreux élicoptères rigides, et les oiseaux, petits vivants qui traversent dans l'autre sens, projetés parfois sur des fils qui ressemblent à une portée musicale; le ciel est rayé en plusieurs sens pour supporter la polyphonie des chants qui montent de tous ces hommes et femmes.

Dans mon souvenir le film est découpé essentiellement trois fois par le chant, trois moments, entre le plus intime et le plus socialisé: invocations, récitations, implorations, prière ...polysémie. Les gens sont ensemble et donnent l'idée d'un peuple, -où est mon peuple?.

L'épisode du foulard perdu et les cris, cet humour - les vêtements des femmes qui courent et le silence, cet amour -, mouvement arrêté des femmes, ce sont des pas encore à venir, on l'espère, leur beauté est terrible, prolongés par la caméra, portés jusqu'au bout vers quel abri?, j'ai été saisie par ces voiles qui me parlent de la mort au milieu de temps d'énergie et de courage.

J'ai aimé cette caméra qui n'a pas peur de ne pas situer le lieu, (qui me fait voir ce qui se renverse) et qui montrent les visages toujours en particulier, il n'y a pas de foule, il y a des liens chauds, joyeux, complexes entre des habitants du lieu . ils me semblent animés de la force d'un désir de faire revenir quelque chose, une absence d'avant, ou à venir? entre mémoire et désir.

Si quelqu'un dans le film s'occupe de savoir quelles vitres sont brisées ou du foulard perdu -et moi qui regarde-, les choses échappent, s'absentent malgré l'horreur ou à cause d'elle; celà me paraît presque impossible à considérer; est-ce que je peux dire que de se sentir concerné(e),rien n'est garanti ?

Le morcellement, la fragmentation me font admettre un peu plus ce qu'est la guerre. Cette guerre où la violence est portée par des adversaires qui se cherchent. Et là ils le font à armes tellement inégales dans la réalité.

Renvoyer, par une si riche expérience et une construction précise (peut-être et tant mieux si c'est par-delà l'intention), à l'impossibilité d'une réflexion totale sur la guerre, en appeler fermement à une mémoire qui s'absente déjà, me paraît extrêmement humain et salutaire.

Thérèse GAY

 

Un film magnifique et indispensable.

Hervé Nisic (Festival de Lussas)

 

Il me paraît par moments comme indécent d'accoler des mots à la grandeur tragique d'Itchkéri Kenti. Sans doute à cause des dernières images du film et du récapitulatif qui les suit : douleur démultipliée des femmes, liste de ceux qui, depuis, sont morts. Ce qu'on savait d'évidence devient soudain une vérité hurlante : le film ne nous parle pas du passé, il inscrit un temps de l'histoire dans le présent, dans cette guerre insensée qui n'en finit pas. Et la douleur, elle, ignore le temps. Nous voilà définitivement dans l'actualité la plus urgente et dans une gravité hors temps.

L'actualité, ton film s'en empare. Ton souci de le faire entendre, d'en faire débat, de le conduire à ses destinataires politiques va dans le même sens. Peu à en dire sinon qu'à te soutenir. Mais il y a aussi tous les réfugiés tchétchènes pour qui ton film constituent une date dans leur présent d'exil. D'abord parce que, et tous l'ont dit ici, ton film a suscité en eux une immense gratitude. Ils t'ont remercié pour ton courage et pour l'incroyable présent que tu leur faisais. D'un côté, ils se sont dit surpris, proprement interloqués, de découvrir, dans la salle comble, que tant de gens s'intéressent à leur histoire, se sentent concernés par elle. Mais cette surprise disait autre chose : ils t'étaient redevables de redevenir, soudain, aux yeux de tous, les Tchétchènes qu'ils sont. Une chose est d'avoir le statut de réfugié, une autre de vivre l'exil. Une chose est d'avoir, dans le cadre de la demande d'asile, fait le récit de son histoire personnelle, autre chose de pouvoir réinscrire son histoire dans un « texte commun » et d'être, aux yeux de tous, sur la scène sociale, des sujets de cette histoire. C'est, je crois, cette fonction de texte «  fondateur d'exil » (peut-on le dire comme ça ?) qu'ils ont conférée à ton film. Et peut-être même attendaient-ils un tel film, moins pour eux, ont-ils dit, que pour leurs enfants. Le tien leur est venu comme un don. Ils y ont souscrit sans réserve, s'y étant profondément reconnus, demeurant sans mot pour dire leur admiration.

Pour ce qui me concerne plus personnellement, je ne sais pas encore quand et comment je reprendrai le fil de mes premières notes. Je sais seulement que je convoquerai Isaac Babel parce qu'il y a quelque chose dans l'écriture d' Itchkéri Kenti qui me renvoie obstinément à lui. Je sais aussi que je partirai d'une question qui ne m'a pas quittée depuis que j'ai revu le film : d'où vient que, cette troisième fois encore, le film m'ait paru absolument neuf ?

Les images se succèdent avec la même imprévisible nécessité. Chacune, chaque fois, en quelque sorte advient. Aucune usure, aucun ennui à la revoir, neuve et presque inattendue alors qu'à l'instant même on l'a reconnue. C'est cette émouvante étrangeté dont j'aimerais rendre compte.

Elisabeth Gardaz

 

C'est surtout dans la deuxième partie du film que j'ai perçu avec gravité la dimension de la guerre vu de l'intérieur pour chacun, particulièrement par le rapport à l'espace et le temps complètement troublé, pour ces familles qui se cachent pour dire leur douleur et  la hantise de leur propre mort et celle des leurs, avec une telle vivacité. cependant... Cette femme que l'on entend crier sa haine contre les russes dans cette guerre et son amour pour le pays et ses beaux enfants, dans la première partie m'a impressionnée par sa force et son adresse juste.

Les lieux et objets sont investis dans une certaine démesure, comme la scène de départ d'une famille en pleine nuit, dans ce camion où il manque une personne "pas là au moment où il faut ".  La question de l'attente interminable de quelqu'un pas à sa place, pas à l'heure... Le camion prend une fonction, pour le spectateur, de lieu qui protège, presque humanisé. Il y a aussi la superbe scène de ralenti de ces femmes qui tentent de courir pour s'échapper de quelque chose... et renvoie l'image d'une avancée  impossible... Le fait de frôler et côtoyer la mort n'est sans doute pas éloigné de ce ralenti qui prend fonction de métaphore. Félicitations et bonne suite !

Anne-Marie Chateau

 

J'ai vu le film avec beaucoup d'émotion.

Je voudrais revenir sur l'affiche et sur la "beauté" de ce visage d'homme qui l'illustre. L'homme pose, mais sans cabotinage. On sent dans ce regard un peu distant, un peu mystérieux, à la fois de la détermination et de la résignation, peut être un peu de ce fatalisme qui perce aussi dans le film. Je trouve le visage très beau, des lignes pures d'homme digne et pourtant éprouvé.

Je retrouverai tout ça dans le film.

Bravo en tout cas. Bravo aussi pour votre courage. Merci

Maurice Rivoire

 

Depuis que j'ai vu "Itchkéri Kenti", j'avais tout simplement envie d'écrire quelques mots car il est rare qu'un film me laisse une trace aussi forte et durable... J'essaierai de dire ici brièvement ce que je ressens : j'ai été transportée. Transportée sur la terre des Tchétchènes, avec laquelle le peuple ne fait qu'un. Transportée en profondeur par ces visages lumineux et vrais, par ces mains ouvertes dans la prière pour offrir et recevoir alors que les hélicoptères lâchent les bombes de la mort... Transportée par cette capacité d'amitié et de rencontre entre les Tchétchènes et celui qui les filme... impression d'y être, on ne sent pas la caméra, même sous les bombes... Une vérité qui fait oublier que c'est ailleurs et avant, parce qu'elle porte la force éternelle du visage de l'autre... Comment le cinéaste peut-il faire une transmission aussi forte, aussi vraie, entre eux et moi? Pour moi qui me méfie habituellement assez des images, il y a là quelque chose de bouleversant... La caméra utilisée par ce cinéaste là, on l'oublie comme on oublie la plume de Tolstoï racontant Hadji Mourhat pour ne se souvenir que de la rencontre qu'on fait soi-même par son truchement avec les Tchétchènes... Merci!

Geneviève Rivoire

 

Je retiens principalement la dimension de témoignage sur la dignité des Tchétchènes dans leur résistance. J'ai été surpris de la place des chants et des danses dans leur expression culturelle. J'ai été surpris de la place du religieux. Le film m'incite à m'informer davantage sur les multiples aspects de ce conflit. Je suis heureux que le film ne soit pas manichéen : les pauvres tchétchènes contre ces salauds de russes.

Henri Brossard

 

De nombreux spectateurs ont été bouleversés et disent leur étonnement de cette qualité d'écoute et de présence du réalisateur dans ces situations d'urgence, comme si la peur ne l'habitait pas. Inch'Allah !

Ayant tenu une chronique, me revient l'histoire de ce film, l'histoire de ces images laissées en attente, de la force de ce témoignage laissé en maturation, justement non livré à la pâture des médias.

Alors me vient cette question originelle :

D'où vous vient, jeune homme, cette conscience, cette acuité qui vous a ainsi porté à filmer cette intime de la guerre, avec gravité et légèreté ?

Gravité au sens, l'heure est grave, la guerre n'est pas une rigolade, ce n'est pas un jeu d'enfant d'où l'on se relève après être mort.

Légèreté de votre présence, que les Tchétchènes vous fassent autant confiance et blaguent avec vous, et vous associent à leur destin, en ayant conscience que quelque part en France, les images pourraient être vues, un jour.

Rita Sauloup

 

Ces quelques mots pour : saluer la qualité de ton travail d'historien au service de la mémoire des Tchétchènes, dans l'honneur de notre humanitude ; remarquer ton attitude juste, consistant à encourager, sans complaisance, ces gens à prendre leurs affaires en mains ; approuver ta démarche, de renvoyer aux spectateurs et auditeurs la possibilité qu'ils ont -devant une impuissance apparente- de modifier leurs postures.

Philippe Bon

 

Je trouve que ce film nous fait découvrir au quotidien une population qui, dans sa très grande majorité, affronte, les mains nues, les soldats qui occupent leur pays. Leur dignité et leur forme d'expression collective sont impressionnantes. Cela contraste fortement avec la volonté du gouvernement russe de les faire passer pour des bandits sanguinaires.

Le film ne prend pas parti mais, à travers des témoignages, explique l'histoire de la domination de ce pays et nous aide à comprendre la détermination des Tchétchènes à refuser l'oppression.

Catherine Brossard

 

Ce que je pourrais dire, c'est justement que j'ai eu lors des deux projections, le cœur serré d'intenses émotions, des larmes, des mises en tension comme peut-être se vit la guerre au quotidien. Je me suis sentie touchée par le film comme me touchent les deux familles que j'accompagne comme médecin généraliste. Et c'est peut-être autour et à cause de cette indicible émotion que je me suis permise de me déplacer de la place de professionnelle à celle d'accueillir le travail de Florent et de participer aux rencontres tchétchéno-angevines jusqu'à la diffusion du 9 décembre et du 7 janvier, et que cela me permet probablement maintenant de mieux accueillir et accompagner ces familles.

Cécile Masson